CHROMATIQUE : Projet danse/marionnette (2018)

Chromatique

Réalité visuelle ou organique, la couleur rouge est la trame où s’enchevêtre le jeu des passions humaines : amour, haine, colère, désirs, passion.

Inlassablement ouvragés par la combustion du soleil, les corps en mouvement répètent une perpétuelle explosion. Lieu privilégié de chair, de muscles et de sang, où s’archive le mouvement syncopé des individus dans l’espace, frénétisme des foules, immobilisme du sans domicile fixe.

A la jonction de l’énergie vitale et des violences faites au corps, la danse ressuscite par l’exultation du corps la mémoire de la naissance.

Rouge comme la trace mémorielle du conte.

Laissant venir à moi images, souvenirs, mots, mouvements, me parvint remontant de l’enfance à grandes enjambées la course du petit chaperon rouge. Son corps recouvert, et pourtant bien visible, traîne à sa suite l’ombre obscure du loup sans jamais pouvoir s’en départir. Se sait-il poursuivi ? Se souhaite-t-il poursuivi ?
A eux deux ils constituent ce motif qui condense l’ambivalence des sentiments humains. Pouls vibrant à la surface de nos mémoires, où le meurtre voisine le jeu et le désir, le mystère, l’insouciance.

Dans cette pièce le chorégraphe interroge ce qui lie la musique à la danse. Le choix de l’électroacoustique répond à la nécessité d’entendre la musique non comme une illustration ou un support de la danse, mais comme un corps dansé, partenaire physique du danseur.

Cette pièce voit cheminer le corps vêtu de rouge d’une jeune femme évadée du conte.

Dans quelle temporalité erre-t-elle ?

Jeune égarée insouciante, elle inspecte l’univers étrange qui l’entoure d’une forêt imaginaire ou figurée. Son corps est le point d’éclosion de l’espace scénique vers lequel convergent nos regards jusqu’à ce que l’arrivée des hommes produise un éclatement, dispersant la cible.

Deux hommes emmêlent leur danse à la sienne, et lui font préférer la séduction, tour à tour inquiète ou conquérante, à l’insouciance.

Dans la main des hommes, le corps est devenu docile, miroir exact de leurs désirs. Il est la dépouille qu’on se partage avec emportement, exultation, puis soin et méticulosité, devenu clé de voûte d’un trio dansé.

Vide d’affects et de sang, ce corps consentant, rompu à toutes les exigences, admirablement façonné par la société et ses désirs, objet d’une manipulation experte, fissure peu à peu de son inertie l’harmonie factice de cette entente en révélant son statut de marionnette.
Une marionnette taille 1 (échelle humaine) qui entretenait jusque là parfaitement l’illusion du réel.

L’équipe

Durée : 40/50 minutes
Chorégraphe : Julien Ficely
Musique : Marco Marini
Lumière : Olivier Bauer
Interprètes : Pascal Bayart, Céline Maufroid, Yutaka Nakata
Conception marionnette : Yseult Welschinger
Illustration + vidéos : Hervé Augoyat