Ombres / projet pour trois interprètes Homme inspirée d’une sculpture d’Auguste Rodin

Ombres 

Lorsque je vois les images de tous ces corps retrouvés noyés en Méditerranée, lorsque j’entends qu’on vient de retrouver quarante-quatre cadavres de migrants abandonnés en plein désert, cette phrase extraite de la Divine Comédie de Dante me vient à l’esprit.

Vision des campements de fortune en périphérie des aéroports ou des gares parisiennes… Les immigrés sont à la fois source de haine et victimes de discrimination pour ceux qui prônent un repli sur soi et veulent refermer les frontières. Ils sont aussi source d’indifférence puisqu’ils sont pratiquement transparents à nos yeux le long des trottoirs de nos grandes villes…

Cette phrase terrible « Vous qui entrez, abandonnez toute espérance » frappe mon esprit de chorégraphe et fait apparaître devant moi les corps sculptés de l’oeuvre majeure de Rodin, la Porte de l’Enfer, et particulièrement les Trois Ombres qui la surplombent.

Cette oeuvre sculpturale me fascine pource qu’elle dit de la réalité d’aujourd’hui pour les peuples qui migrent et fait pour moi tragiquement écho à leur situation.

Corps figés, comme pris au piège.

Vous qui entrez, abandonnez toute espérance 

                                                                                                                                                              Dante Alighieri

La Porte de L’Enfer

A la fois frontière et passage, la porte de la maison qui rassure, qu’on referme et qu’on quitte, la porte à ouvrir sur l’inconnu, à ne pas franchir, derrière laquelle on veut laisser le chaos duquel on veut s’extraire, et celle qui ouvre sur un avenir incertain, peuplé d’embûches.

L’enfer est-il derrière soi ? Devant ? Sur le chemin ? De quel côté ? L’enfer du pays quitté, l’enfer sur la route, passer la frontière ?

Affronter l’exil, fermer la porte de sa maison pour fuir un conflit, partir vers un endroit que l’on espère plus accueillant.

Les Trois Ombres

Les Trois Ombres me troublent à la fois par la force qu’elles dégagent et surtout par ce qu’elles disent de la fragilité humaine. Trois figures identiques dont les têtes se touchent et dont l’inclinaison de la tête, des cous et des épaules pour former une seule ligne et qui semblent tourner autour d’un même point. Des corps à la fois solides et fragiles qui dominent une porte tellement symbolique…

A partir de ce que m’inspire cette sculpture si métaphorique de la situation des migrants, je souhaite réaliser une nouvelle création qui reflète mon regard et mon ressenti sur cette situation d’aujourd’hui.

Inspirer le mouvement et les différents états de corps à partir de l’étude de l’oeuvre de Rodin.

Reportage : Les migrants ne savent pas nager